Dans une mise en scène sombre et énigmatique, une caméra suit la progression déconcertante d’une fourmi messagère dans un plan rapproché de l’insecte transportant un petit morceau de papier. Wendy Duvert, digne héritier de la reine Anacaona, a fait une réapparition remarquée, ce mercredi 30 septembre 2026, pour annoncer sa dictature. Après un bref plan sur un échiquier, l’insecte poursuit son chemin jusqu’à grimper sur les bottes d’un génie vêtu de noir, gravissant lentement son manteau avec son mystérieux message. Comme à l’accoutumée, Wendyyy apparaît face à lui-même, tresses apparentes, comme pour dire qu’il n’a jamais eu d’adversaire à sa hauteur. C’est lui contre son spectre. Le personnage récupère finalement le papier, comme un patron, et le déplie face à la caméra. On y découvre le symbole de l’infini et de l’éternité, accompagné de la date, marquée par son chiffre fétiche, le « trois » : 03/10/26 à 3 h 03 min 03 s. Une séquence courte, volontairement mystérieuse, qui joue sur l’attente et le suspense autour de ce qui semble être l’annonce d’un événement. La séquence dégage une aura saisissante. Wendy Duvert se montre magistral et imprévisible. Le patron revient parmi ses admirateurs après environ deux ans d’absence. Cette absence relève peut-être d’une stratégie visant à intensifier l’attente.

L’artiste aurait rétorqué : « pa di m retounen m pa t al okenn kote! »

Le « ça », selon Freud, représente la part instinctive de l’être humain, celle qui réclame sans cesse satisfaction. Il en va de même du public d’un artiste, composé d’admirateurs insatiables qu’il faut constamment nourrir de nouveautés.

« Chinwa yo te swaf, Wendyyy vin ba yo dlo. » ou encore : «Ti nonm sa tounen anko, en en, pi rèd kon tèt *** »

À chaque sortie, l’attente renaît, plus forte encore. L’artiste doit alors surprendre, se réinventer et innover pour maintenir le désir vivant. Comme le « ça », le public ne se contente jamais longtemps de ce qu’il vient de recevoir : une satisfaction obtenue laisse rapidement place à une nouvelle envie. Ces admirateurs sont plus assoiffés que jamais.

C’est toujours le cas chez les « Chinwa », cette colonie de fourmis insatiable dont le roi du rap « kreyòl » doit constamment prendre soin. À chaque sortie, c’est un camouflet pour les détracteurs et l’euphorie du côté des fourmis : une avalanche de réactions enthousiastes, de manifestations de joie et parfois même d’extase.

« Rezo a pral cho kou vè lanp. »

Au milieu des disputes aux quatre coins des réseaux sociaux, un seul nom revient : Wendyyy, le roi provocateur. Un membre du groupe musical de « EKIP MIZIK » pourrait lancer : « Mince! mais qu’est-ce qu’il va encore nous sortir, l’enculé, le dévoreur de paix, l'étouffeur de projet! » Comprenne qui pourra ! Ce ne sont que des palpitations dans tous les camps.

L’image est poignante et parlante : une fourmi paraît minuscule lorsqu’elle est seule, mais devient une véritable force lorsqu’elle appartient à une colonie. Et cette communauté en est la preuve. C’est l’une des communautés d’admirateurs les plus importantes, voire la plus importante, de la musique haïtienne. L’artiste lui-même est devenu un phénomène social. Un produit issu de la cité d’Anacaona.

Cette colonie de fourmis avance, s’organise, transporte et construit sans presque jamais s’arrêter pour la cause de l’artiste qu’elle admire tant. Au sein de cette communauté de fans, chaque membre, animé d’un même esprit, nourrit l’énergie du groupe, relaie les œuvres, attend la prochaine création et participe à faire grandir l’univers de l’artiste.

Chaque texte, chaque flow, chaque punchline, chaque apparition, chaque attitude, chaque innovation devient une nouvelle provision déposée dans la fourmilière. L’artiste se retrouve ainsi face à un défi permanent : nourrir cette foule fidèle sans se répéter, répondre à son désir sans devenir prisonnier de ses attentes.

C’est là que le « ça » prend tout son sens : une force collective toujours en éveil, rarement rassasiée, qui pousse l’artiste à créer encore, à aller plus loin et à renouveler constamment ce qu’il offre. C’était WendyyyKing ou rien : ces fourmis n’attendaient que ça.

C’était ça ou fourmi : Wendy fait toujours des sorties fracassantes, comme en témoigne le succès du roman de Thélyson Orélien. En privant ce dernier du prix Goncourt, alors que son ouvrage rencontre un grand succès et devient le roman le plus vendu en France, on n’a finalement fait tomber qu’une feuille de l’arbre des génies éternels de la terre de Toussaint Louverture et de Jean-Jacques Dessalines. Il reviendra plus fort, car ses racines sont profondes, nombreuses et solidement ancrées. Comme le disait un vieil oncle : « Si c’était un écrivain blanc qui racontait la Shoah, on n’aurait jamais dit : “Balance ton Claude.” »